Pas de solution sûre pour des déchets radioactifs pendant des siècles

Vous risqueriez-vous à descendre d'une montagne en voiture si vous n'aviez pas de freins ? Non, n'est-ce pas. Pourquoi alors acceptons-nous que nos centrales nucléaires produisent depuis près de 40 ans des déchets radioactifs qui resteront dangereux pendant des siècles et des siècles alors que nous ne disposons d'aucune solution sûre pour les stocker ?

 

Pourquoi les déchets radioatifs sont-ils dangereux?

Chacune des étapes de la chaîne du combustible nucléaire produit des déchets radioactifs : lors de l'exploitation des mines d'uranium, de l'enrichissement de l'uranium, de la production de combustible nucléaire, de son utilisation dans les réacteurs nucléaires et lors du retraitement du combustible nucléaire irradié. Les déchets nucléaires ne sont pas seulement toxiques chimiquement, ils émettent également des rayonnements radioactifs qui provoquent des changements dans la structure de la matière qu'ils pénètrent. Dans notre corps, les rayonnements radioactifs peuvent modifier la structure de nos tissus cellulaires et induire des perturbations de la division cellulaire pouvant provoquer des tumeurs et des troubles génétiques.

 

Quels sont les différents types de déchets radioactifs?

L'Agence nationale des déchets radioactifs et des matières fissiles enrichies (Ondraf) est l'organisme gouvernemental chargé de gérer tous les déchets nucléaires dans notre pays. L'Ondraf distingue trois catégories de déchets :

  • Catégorie A: déchets de faible et moyenne activité à vie courte (jusqu'à 300 ans). Cette catégorie représente de loin le plus gros volume, mais ne contient que 0,5% de la radioactivité totale de tous les déchets nucléaires. Environ 80 % des déchets A proviennent de l'industrie nucléaire, les 20 % restant sont générés par les applications médicales ou industrielles.
  • Catégorie B : déchets de faible activité et de longue durée de vie (de 300 ans à plusieurs centaines de milliers d'années). Ces déchets contiennent 2 % de la radioactivité totale des déchets nucléaires et sont issus à  90 % environ de l'industrie nucléaire.
  • Catégorie C : déchets de haute activité de courte ou longue durée de vie. Cette catégorie représente un volume beaucoup plus faible de déchets, mais contient 97,5 % de la radioactivité de toutes les catégories de déchets. Les déchets C sont principalement constitués par les combustibles nucléaires usés des centrales nucléaires.

 

A la différence des déchets radioactifs provenant du secteur médical (radiothérapie, radiographie,...), l'industrie nucléaire produit des quantités importantes de déchets moyennement et hautement radioactifs à très longue durée de vie. Mesurés en terme de radioactivité, 99 % des déchets radioactifs sont produits pas l'industrie nucléaire. Si nous n'avions à gérer que les déchets radioactifs médicaux, il n'y aurait pas vraiment de problème avec les déchets nucléaires

Les catégories B et C sont les plus problématiques, non seulement à cause de l'intensité du rayonnement émis, mais aussi car ces déchets continueront à émettre des rayonnements nocifs pendant très longtemps. Le plutonium-239, le neptunium-237 et le curium-247, par exemple, sont des substances hautement toxiques, n'existant pas dans la nature et ne sont produites que comme résidus de la combustion nucléaire. Une fois produites, ces substances restent radioactives pendant des milliers d'années.

A titre de comparaison:

  • début du premier réacteur commercial en Belgique : il y a 36 ans
  • construction des pyramides d'Egypte : il y a 5000 ans
  • dessins de Lascaux : il y a 15.000 ans
  • premières traces d'homo sapiens en Europe : il y a 40.000 ans
  • premières traces d'homo sapiens sur Terre : il y a 200.000 ans
  • rayonnement du Plutonium : durant 244.000 ans
  • rayonnement du Neptunium : durant 21 400 000 ans
  • rayonnement du Curium : durant 156 000 000 ans

 

Toujours pas de solution pour le stockage des déchets radioactifs

Le grand défi consiste à isoler complètement les déchets des centrales nucléaires de la biosphère durant une période plus longue que l'histoire de l'homme sur la Terre. Il n'existe nulle part une technologie ou un concept qui peut offrir une telle garantie. Plusieurs projets de recherche ont été abandonnés parce qu'irréalistes ou comportant des risques excessifs. Ainsi, le projet de lancer les déchets radioactifs dans l'espace, a été mis à l'arrêt en 1986, après l'explosion de la  navette spatiale Challenger quelques secondes après son lancement à Cap Canaveral. On a réalisé que si des déchets radioactifs avaient été à bord, toute la Floride aurait dû être évacuée. Certains pays envisagent maintenant la piste du stockage géologique, d'autres optent pour le stockage en surface prolongé. Certains pays se penchent sur les roches salines pour accueillir les déchets, d'autres sur l'argile ou le granit. Certains projets reposent sur le développement de super conteneurs pour isoler les matières radioactives, d'autres comptent sur les barrières naturelles de la roche hôte pour contenir les radiations. Malgré de nombreuses recherches, aucun concept sûr pour le stockage des déchets radioactifs à longue durée de vie n'a encore été démontré.  

Le Centre d'étude de l'énergie nucléaire (CEN) réalise en Belgique depuis 30 ans des recherches sur la faisabilité d'un stockage définitif des déchets radioactifs B et C dans les couches d'argile profondes en Campine. Un laboratoire de recherche souterrain HADES (High Activity Disposal Experimentel Site) a été construit à Mol à 220 mètres de profondeur dans la couche d'argile de Boom. La recherche est loin d'être terminée et de nombreuses questions importantes quant à la faisabilité d'un enfouissement définitif dans les couches d'argiles profondes restent sans réponse.  Des géologues indépendants ont formulé des réserves importantes sur le  projet. Ainsi, les formations argileuses en Belgique sont relativement peu profondes et non homogènes. Les couches d'argile sont interrompues par des veines de sable poreux et sont ponctuées d'indurations calcaires. Des strates de sables très poreux sont situées juste au-dessus et en dessous des couches d'argile. Cela facilite sur le long terme la migration des particules radioactives vers la biosphère.

Néanmoins l'Ondraf veut qu'une décision rapide soit prise en faveur de l'enfouissement  définitif dans les couches d'argile profondes. Ce serait une décision irresponsable, parce qu'une fois  les déchets radioactifs enfouis, toutes les voies d'accès seraient hermétiquement fermées. Il serait donc impossible de surveiller les déchets et de constater une éventuelle fuite radioactive. De plus, si on venait un jour à développer un meilleur concept de stockage ou une technologie permettant de neutraliser la radioactivité, ces déchets ne pourraient jamais être récupérés. On prétend qu'avec ce stockage définitif, les générations à venir n'auront plus à se soucier des déchets radioactifs, mais il n'y a aucune garantie que les radio-éléments ne finiront pas par aboutir dans la biosphère.

 

Que faire alors de ces déchets radioactifs?

En attendant l'élaboration d'un concept de gestion internationalement reconnu qui garantit le contrôle et la « récupérabilité » des déchets, il est préférable de stocker les déchets à longue durée de vie moyennement et hautement radioactifs en surface dans des entrepôts spéciaux sécurisés.

 

Le prolongement des centrales nucléaire crée de déchets supplémentaires

Les centrales nucléaires fournissent de l'électricité pendant environ quarante ans, mais leur héritage radioactif  hypothèque pendant des milliers d'années le bien-être et la santé de des générations futures. Si la vie des centrales nucléaires belges est prolongée de dix ans, on augmenterait d'au moins un quart la quantité de déchets hautement radioactifs. Et, jusqu'à présent, nous ne savons encore que faire de ces déchets.